On n’apprend rien que par soi-même.

9' di lettura 04/09/2021 - Entretien avec Michel Orcel

Michel Orcel est né à Marseille, d’une vieille famille nissarde. Élevé chez les jésuites, il a suivi un cursus universitaire un peu fantasque (Sciences Po Paris, DEA d'islamologie, Doctorat ès Lettres et Sciences humaines, etc.). Il a vécu à Paris, à Rome et au Maroc. Il vit et travaille désormais à Nice, où il a fondé les éditions ARCADÈS AMBO. Des livres de poésie, des journaux de voyage en Orient, des romans (Le Jeune Homme à la mule), des essais (sur l'Italie, l'opéra, l'islam), des travaux encyclopédiques (Dictionnaire raisonné des devises), et de grandes traductions de classiques (Leopardi, Michel-Ange, l'Arioste, le Tasse, d’Annunzio, etc.) ont ponctué sa « carrière » littéraire. Il vient d’achever une version radicalement nouvelle en français de la Commedia de Dante (La Dogana, Genève).

Trois adjectifs qui vous décrivent le mieux.

Impétueux, nostalgique, compatissant.

Votre mot préféré ?

Incancellabile” !

Le mot que vous détestez ?

Les mots, une pléiade de mots ! “Gérer”, “récupérer”, “proactif”, et tout le baragouin de la société post-moderne.

Quand êtes-vous venu à l'écriture et à la traduction ?

J’ai commencé à traduire à l’âge de 20 ans, après avoir acheté les Canti de Leopardi à Pise... Quant à écrire sérieusement, j’ai commencé entre 25 et 28 ans.

Le meilleur endroit pour écrire ?

Chez moi, dans le secret de mon bureau.

Avez-vous un rituel ?

Aucun dans ce domaine. La page blanche m’effraie de moins en moins.

Que trouve-t-on sur votre table d'écriture ?

Mille choses. Outre l’inévitable “computer”, un lutrin, une lampe articulée, la Bible, une vieille règle en ébène, une ancienne photo de famille, une matrice de sceau, un ventilateur (provisoire), un pot à crayon, mon insigne de lieutenant-colonel (Réserve citoyenne), des éditions minuscules, mes cartes de visite, un stock de feuilles de brouillon, et, à partir de 18 h, un verre de scotch... Tout à côté, une petite bibliothèque de travail, avec les indispensables dictionnaires et autres ouvrages scientifiques.

Écoutez-vous de la musique en travaillant ?

Jamais quand j’écris : le rythme intérieur, le rythme de la phrase, doit l’emporter. Très souvent le reste du temps. La musique m’est essentielle.

Qui est votre premier lecteur ?

Autrefois, mon vieil ami Pierre Oster (RIP), le plus implacable des grammairiens et le plus délicat des métriciens ; aujourd’hui, mon éditeur Florian Rodari et quelques autres amis, selon la matière de mes travaux.

Où mènent la littérature et son enseignement ?

Les livres nous conduisent vers l’Enfer et le Paradis : les deux sont nécessaires. Enseigner la littérature est une gageure. On n’apprend rien que par soi-même.

Pourquoi vous êtes-vous tourné vers la psychanalyse ?

D’abord par nécessité personnelle. Et puis, pour peu qu’on ait réparé quelque chose en soi-même, l’envie vous vient d’être à votre tour le thérapeute, le réparateur pour les autres...

Quels sont les auteurs qui ont marqué votre existence ?

Garcia Lorca, Maurice Scève, l’Arioste, le Tasse, Leopardi, Hölderlin, Stendhal, Balzac, Giono, Dostoïevski...

Quel genre littéraire vous rend heureux ?

Trois au moins : le poème chevaleresque, la poésie lyrique, le roman balzacien.

Si vous pouviez ressusciter un auteur, qui choisiriez-vous ?

Leopardi.

Les qualités d'un bon écrivain ?

Un mélange d’audace et d’humilité.

Le son, le bruit que vous aimez ?

Le chant des oiseaux, le bruit des trains, les violons du prélude de La Traviata.

Le son ou le bruit que vous détestez ?

Les motos débridées (j’ai été motard), le rap et la techno.

Un homme ou une femme pour illustrer un nouveau billet de banque ?

Détestant l’euro (quel terme !), je ne puis répondre.

Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ?

Il y en a tant que je ne saurais en dresser la liste...

La plante, l’arbre, l’animal dans lequel vous aimeriez être reincarné ?

Le jasmin, le chêne, et l’ours.

Qu'est-ce que c'est que la poésie d'après vous ?

Une musique mutilée – mais triomphante.

Un réveil avec un poème, lequel choisiriez-vous demain matin ?

L’Infinito ou la Huitième Élégie de Rilke.

Traduire, c'est trahir un peu ?

Certainement pas ! C’est être fidèle en empruntant des chemins de traverse.

Qu'aimez-vous de l'Italie et des Italiens ?

J’aime tant l’Italie que j’ai voulu obtenir la cittadinanza italiana, mais on m’a répondu que le Président de la République lui-même n’avait pas le pouvoir de me l’accorder. Ce qui signifie que je devrais résider officiellement quatre ans sur le territoire italien pour pouvoir chanter “Fratelli d’Italia”. C’est triste quand on songe à tous les gens qui obtiennent cette nationalité sans aimer l'Italie, sans rien en connaître... – J’aime ce pays pour sa beauté et sa négligence, pour ses laideurs même, pour la pasta et les vins, la générosité, l’infinie beauté de sa langue, la cordialité des Italiens, qu’ils soient du Piémont ou de Campanie, la tristesse de Turin et l’exubérance de Rome. Tout ! Malgré la mafia, le calcio (parfois envahissant) et la corruption (mais quel pays en est exempt ?)...

Quels sont les traits que vous préférez de la culture islamique ?

L’hospitalité, la douceur de la vieille courtoisie, le sens de la Transcendance.

Si vous pouviez parler à l'enfant que vous étiez, que lui diriez-vous ?

Tiens bon ! Au-delà de tout, il y a Dieu.

Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous, après votre mort, l’entendre vous dire ?

Entre. Malgré toutes tes bêtises, tu es le bienvenu”.

Que lisez-vous en ce moment ?

Je relis les Cahiers de Malte Laurids Brigge de Rilke et l’Entretien sur Dante de Mandelstam.

Quels sont vos projets pour l'avenir ?

Publier un Dossier Dante autour de ma traduction de la Comédie ; remettre en chantier un recueil de réflexions sur les apories de la société moderne et la métaphysique ; devélopper mon activité d’éditeur.

Quelle est votre devise ?

J’en ai trois : la première : “Originis memor” ; la seconde est un rappel : “Il y a plus de choses au ciel et sur la terre que n’en peut rêver ta philosophie” (Hamlet); la troisième est un jeu de mots sur un vers de Dante : “E veramente son figliuol dell’orsa”...


di Michele Peretti
redazione@viverefermo.it







Questo è un articolo pubblicato il 04-09-2021 alle 16:52 sul giornale del 05 settembre 2021 - 280 letture

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