Il est temps de nous réveiller pour survivre

9' di lettura 17/05/2021 - Entretien avec Josette Desclercs Abondio

Josette Desclercs Abondio est une écrivaine ivoirienne résidant à Abidjan. Auteure de plusieurs romans, de pièces de théâtre et de recueils de nouvelles. Enseignante à la retraite, elle milite désormais dans des associations littéraires et culturelles, Plumeria et Audace CI.

1- Trois adjectifs qui vous décrivent le mieux.

Frondeuse, spontanée, volontaire.

2 – Quand êtes-vous venue à l'écriture ?

Écrire, pour moi, s'apparente à une impulsion subite qui m'anime dès que sont réunis en moi, une idée, un contexte et un ou deux mots clefs qui vont me conduire dans les dédales et les méandres des us et coutumes de la société mais surtout à des personnages qui s'installent dans ma tête et ne la quittent plus.

3 – Quel est le meilleur endroit pour écrire ?

Le meilleur endroit pour écrire est un fauteuil avec l'ordinateur posé sur mes genoux relevés. Une amie sage-femme, m'a dit un jour, en riant, que cette pose était la mieux indiquée pour accoucher.

Ce jour là, j'ai compris qu'instinctivement, mon corps se mettait en posture de donner la vie dès que mon esprit se sentait prêt à créer.

Depuis ce temps, je ne cesse d'espérer et de soupirer après le talent.

4 - Avez-vous un rituel ?

Les rituels, quels qu'ils soient, m'ennuient au plus haut point.

5 – Écoutez-vous de la musique en écrivant ?

Mon intérêt pour la musique est circonstanciel mais surtout bref. Née avec de mauvaises oreilles, elle ne tarde pas à m'agacer le tympan, à m'irriter et à me rendre nerveuse. Les bruits de la nature sont les seuls qui me rassurent et me bercent. Fille d'un planteur et d'une paysanne, je suis née et j'ai grandi dans la brousse ivoirienne. Les murs de ma chambre n'ont jamais été des isoloirs. Cependant, un certain balafon, un tam-tam, des grelots dans le lointain, les cris de victoire de l'aihuha, au sommet d'un arbre, sont les signes de la présence de la vie dans la nature bienfaisante.

J'ai été éduquée à entendre quotidiennement et continuellement la musique classique. Le souci avec elle, est qu'elle est tonitruante, conquérante et victorieuse. Pas de rémission pour mon pauvre tympan fragile ! Un obstacle à mes rêveries d'enfant solitaire.

En réalité, j'aime la musique pour un temps très limité.

Chaque chose en son temps, c'est soit la musique soit l'écriture ; jamais les deux ensemble !

6 – Qui est votre premier lecteur ?

Je n'ai jamais eu de premier lecteur attitré. Une amie, excellente correctrice, me fait cette amitié quand les circonstances le permettent.

7 – Qu'est-ce qu'une journée réussie d'écriture ?

C'est un sentiment que je ne connais pas. En ce qui concerne l'écriture, je n'ai jamais eu d'objectifs précis. J'écris quand l'inspiration vient. En réalité, je suis très infidèle à l'écriture. Il m'arrive souvent de mener de front plusieurs activités qui m'éloignent longtemps de l'écriture.

Je ne partage pas l'acharnement littéraire que je constate depuis quelques années. Il me heurte au plus profond de mon être car il contrarie en moi, la belle idée que je me fais de l'écriture. Aujourd'hui, le monde de la performance prend le pas sur l'art et le talent.

Écrire, pour moi, s'apparente à vivre des moments intenses avec soi-même et non à persuader les autres de la grandeur de son écriture. Le pragmatisme me paraît si éloigné du monde de l'écriture. Hélas, bientôt, il n'y aura aucune différence entre un roman, un essai ou un article de presse à sensation.

8 - Où mène la littérature ?

Elle mène à tout dans la vie, au rêve, à la beauté mais aussi au savoir. Elle éduque, forme et informe. Elle est celle qui donne les ailes à Icare ; mais c'est elle qui occasionne sa mort par la folie de son entreprise en lui brûlant les ailes.

C'est elle qui permet d'exprimer la quintessence et la richesse de la culture. Elle est la seule capable de placer à leur avantage tous les mots afin de montrer la dimension d'un peuple et sa hauteur de vue.

C'est dire combien la littérature est la forme la plus aboutie de l'utilisation d'une langue.

9 - Pour qui écrivez-vous ?

J'écris pour moi. J'écris aussi pour les autres, en espérant que mes histoires vaudront la peine d'être lues.

Courage ou prétention ?

Un jour, au bout de plusieurs ébauches de manuscrits, sans trop savoir pourquoi, j'ai terminé et libéré un texte au lieu de le détruire et l'ai remis à un éditeur.

J'avais plus de quarante ans...

Aujourd'hui, je suis toujours en peine de répondre à votre question.

10 - À quel moment vient le titre ?

À la fin de mon manuscrit. Je réfléchis au titre quand je me suis libérée de l'histoire.

11 – Comment le karaté a influencé votre vie ?

Le Karaté fait partie des activités que j'ai voulu partager avec mes enfants, principalement ma fille. Je suis simplement allée au bout de ma démarche en passant ma ceinture noire. Après, pour rendre un peu de ce qui m'a été offert, j'ai contribué à créer un espace mis à la disposition de mes maîtres pour former des femmes et des hommes. Le Karaté est très formateur pour l'âme et le corps. Cependant, j'étais bien trop âgée pour être influencée par cette discipline qui venait juste en complément.

12 – Ressentez-vous l'angoisse de la page blanche ?

Je ne connais pas l'angoisse de la page blanche. J'ai la grande chance d'écrire facilement.

13 - Une faute d'orthographe chronique ?

Du fait de mon horrible distraction, je fais beaucoup de fautes. J'implore toujours l'indulgence de mes lecteurs.

14 - Les qualités d'un bon écrivain ?

Avoir de l'imagination, beaucoup d'audace et de prétention.

15 – Écrire vous rend-il heureuse ?

J'éprouve absolument beaucoup de plaisir à écrire. Je suis une de mes meilleures lectrices. Il le faut bien !

16 – Kouassi Koko, ma mère et Le jardin d'Adalou. Qu'est-ce que ces livres ont changé en vous ?

Ces deux livres m'ont permis d'aborder des questions fondamentales pour les femmes africaines et bien entendu, pour nos pays subsahariens. Écrire ces histoires m’a sans aucun doute influencée favorablement en me permettant de mieux appréhender les problèmes auxquels notre Afrique subsaharienne est confrontée.

17 – Sans l'Afrique francophone, que deviendrait le français ?

Sans l'Afrique francophone, le français aurait beaucoup moins de locuteurs dans le monde.

Personne ne peut inverser le cours de l'histoire mais c'est une grande et belle langue qui dans un passé assez récent, a été une grande langue diplomatique. Elle permettait les échanges dans les grandes chancelleries occidentales.

La France ne souffrira pas du retrait culturel des pays africains car son aire d'influence couvre la planète entière sans parler de sa combativité dans tous les domaines. Les guerres, les intrigues, les affaires et le commerce se font aisément dans toutes les langues.

Nos langues africaines ont souffert et continuent de souffrir de notre histoire chaotique.

Ce serait si profitable pour nous, Africains, de réhabiliter nos langues et de ressusciter nos grandes aires linguistiques. Deux ou trois langues à enrichir et à développer afin qu'elles nous permettent de mieux nous définir et nous réadapter à notre histoire, notre essence et notre spiritualité mais aussi de nous lancer à l'assaut du monde impitoyable des affaires.

Nous, subsahariens avons conscience du retard que nous accusons de plus en plus face aux gros enjeux planétaires. Et il est temps de nous réveiller pour survivre.

18 - Si vous pouviez parler à l'enfant que vous étiez, que lui diriez-vous ?

Je demanderais pardon à cette enfant que je n'ai pas su représenter. À dix ans, je la trouvais géniale, mais, hélas, je n'ai pas su assurer la continuité. Sur le chemin de la vie, je crois avoir semé beaucoup de ses envies et tous ses rêves en couleur.

19 - Si Dieu existe, qu'aimeriez-vous, après votre mort, l'entendre vous dire ?

Après ma mort, je n'aurais aucune envie d'écouter Dieu.

À mon humble avis, Il a suffisamment de représentants sur terre pour avoir envie de répéter après eux, ce qu'ils disent aux humains.

Dans son immensité, même Dieu devrait avoir une logique et une éthique surtout, pour ne pas être le répétiteur de ses envoyés dans le monde des humains.

Alors... qui ne dit mot consent !

20 - Quelle est votre devise ?

Responsabilité et solidarité africaine.


di Michele Peretti
redazione@viverefermo.it







Questo è un articolo pubblicato il 17-05-2021 alle 17:27 sul giornale del 19 maggio 2021 - 434 letture

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