La poésie est le parfum de l'âme

13' di lettura 07/05/2021 - Entretien avec Maria Gabriella Romani-Kouacou

Née à Rome (Italie) le 24 mai 1955.

Assistante sociale de formation, actuellement assistante de direction à l'ambassade d'Italie à Abidjan, Maria Gabriella Romani a commencé à écrire à l'âge de 8 ans sur une vieille machine à écrire portable. Pour elle, la poésie est "le parfum de l'âme".

Mariée à un ressortissant ivoirien, elle a 4 enfants (dont trois "adoptés"), vit et travaille à Abidjan (Côte d'Ivoire - Afrique de l'Ouest) depuis plus de 30 ans et est une passionnée de la culture et des traditions africaines. Ses intérêts sont multiples: lecture, yoga, Reiki, thérapies énergétiques.

PUBLICATIONS:

"Il vecchio" (nouvelle) dans "Lettura, Antologia della Lingua italiana" de Mirena Stanghellini Bernardini en 1980

"Caleidoscopio africano" (recueil de nouvelles) en 1996 (Firenze Libri)

"Itinerari tra la terra e il cielo" (poèmes) en 2008 (Edizioni Sabinae)

"L’étreinte des rimes/ Rime abbracciate" (poèmes bilingues français / italien) en 2012 (L’Harmattan), en collaboration avec le poète italo / sénégalais Cheikh Tidiane Gaye

PRIX:

- Prix spécial du jury du Prix international de poésie "Poisedonia-Paestum, 2006;

- Premier prix au Concours national de poésie 2012 en Côte d'Ivoire sur le thème "Réconciliation nationale et cohésion sociale" organisé par l'ASCAD (Académie des sciences, des arts, des cultures de l'Afrique et de la diaspora africaine);

- Premier prix dans la section D du Prix international de poésie L.S. Senghor 2017 organisé par Africa Solidarité ONLUS.

  1. Trois adjectifs qui vous décrivent le mieux.

Tenace, parfois jusqu’à l’entêtement, empathique, battante.

Pour faire la part des choses et par curiosité, j’ai demandé aussi à mon mari (il a dit : honnête – généreuse – très intelligente) et à mon fils (résiliante – émotive – maternelle) mais j’ignore s’ils ont répondu de telle façon pour éviter les palabres car je suis aussi palabreuse sur les bords.

  1. Quel rapport gardez-vous avec vos origines italiennes?

Je vis depuis plus de 30 ans en Côte d’Ivoire et je suis mariée à un ivoirien, mais malgré cela je garde mes racines italiennes, non seulement à travers les contacts avec ma famille d’origine et les nombreux ami/es que j’ai encore là-bas, mais aussi car j’ai la chance de travailler, en tant qu’employée à contrat local, à l’Ambassade d’Italie à Abidjan depuis une vingtaine d’année.

Ceci dit, il y a un proverbe africain qui récite : « Ce n’est pas en trempant dans l’eau de la rivière qu’un tronc d’arbre devient un caïman ». C’est vrai et sage, mais en même temps il devient autre chose qu’un simple tronc d’arbre, il devient peut-être une entité à mi-chemin entre les deux. J’ai vécu plus de la moitié de ma vie en Côte d’Ivoire, au sein d’une famille africaine et ceci a changé beaucoup de choses en moi. Je dirais que je suis devenue en quelque sorte une métisse, du moins du point de vue culturel. D’ailleurs j’ai écrit mes deux premiers livres en italien, un en italien et en français, et trois autres (que j’espère pouvoir publier ici en Côte d’Ivoire) en français.

  1. Écrivez-vous tous les jours?

Non, j’écris quand l’inspiration me saisit. Un poème, un récit, prend forme dans mon esprit avant que je ne mette noir sur blanc, c’est comme une incubation qui peut durer des heures, voire des jours entiers, parfois la nuit, avant de m’asseoir devant l’ordinateur et commencer à mettre de l’ordre dans ce qui a été en quelque sorte suscité en moi. Par qui, par quoi ? Je n’en sais rien, la réponse d’ailleurs ne m’appartient pas. C’est pourquoi aussi je corrige très peu mes écrits (peut-être je devrai le faire un peu plus ?) et le premier jet est souvent ce qui reste.

  1. Le meilleur endroit pour écrire?

Ma tête, mon cœur …. Une fois que j’ai écrit dans ces deux endroits, je peux écrire n’importe où.

  1. Avez-vous un rituel?

Non, pas particulièrement.

  1. Que trouve-t-on sur votre table d’écriture?

Juste l’ordinateur.

  1. Écoutez-vous de la musique en écrivant?

Oui, surtout de la musique de relaxation. Je travaille aussi dans le domaine des thérapies énergétiques et j’aime très fort la musique qui va avec.

  1. Qui est votre premier lecteur?

Parfois je demande à mon mari, surtout si le texte est en français, de lire mon texte, non seulement pour avoir son avis mais aussi pour corriger les éventuelles fautes d’orthographe qui peuvent se glisser dedans.

  1. Qu’est-ce qu’une journée réussie d’écriture?

C’est une journée dans laquelle j’ai vidé mon réservoir d’inspiration et je sens que je n’ai plus rien à écrire (pour le moment …). Il faut attendre qu’il se remplisse encore.

  1. Où mène la littérature?

La littérature est pour moi un voyage à travers les lieux et le temps, j’appelle la poésie le parfum de l’âme. Depuis mon enfance je lis beaucoup et je trouve que chaque livre ouvre un monde devant moi.

Un monde qui a ses lois, ses points de repère, ses sentiments, ses émotions, et que je dois explorer avec respect et envie d’apprendre.

  1. Pour qui écrivez-vous?

Tout d’abord pour moi-même, pour extérioriser ce que je ressens dans mon for intérieur et qui demande à sortir, tout comme un peintre produit un tableau qui ne réfléchit pas nécessairement la réalité, mais plutôt l’image que la réalité produit dans son cœur et son esprit. Et ensuite, mais seulement ensuite, pour les autres, car je pense que l’écriture, la poésie, peuvent susciter plein de choses, élever les consciences et lancer des messages. J’estime que dans le monde d’aujourd’hui nous en avons particulièrement besoin.

  1. À quel moment vient le titre?

Seulement à la fin, quand j’ai fini d’écrire. C’est comme la cerise sur le gâteau.

  1. Qu'aimez-vous de la culture ivoirienne?

Je suis arrivée pour la première fois en Côte d’Ivoire en 1987, au moment où le Président était Félix Houphouët-Boigny. J’étais volontaire dans un projet de coopération pour les jeunes de la rue. C’était la Côte d’Ivoire d’antan, où il faisait beau vivre. J’ai beaucoup aimé la culture de l’hospitalité, la solidarité, l’affabilité et le sens de l’humour typiques de l’ivoirien et de l’africain en général. J’ai été frappée par la force des traditions et par cette capacité qu’ont les ivoiriens d’unir – presque naturellement - le spirituel au quotidien. La culture africaine est très liée au monde spirituel, quelconque soit la religion professée, et à la nature, qui est magnifique et luxuriante. Les danses, les cérémonies, les évènements gardent une forte valeur symbolique et mystique, surtout dans les villages. J’ai ressenti en moi l’appel très fort de cette culture et après le mariage nous avons décidé d’un commun accord de rester en Côte d’Ivoire et de récupérer les 3 enfants que mon mari avait eus avant notre rencontre, abandonnés par leurs mères, pour les élever. J’ai vécu 5 ans à Bouaké, la deuxième ville de Côte d’Ivoire, qui est comme un grand village, et c’est là que mon fils est né. J’ai travaillé dans les villages, côtoyé en somme l’Afrique traditionnelle et ses préceptes, ce qui n’a rien à voir avec la vie dans une métropole comme Abidjan, où la culture occidentale fait rage.

Malheureusement les années qui ont suivi le coup d’état militaire de 1999 et la longue crise politico-militaire qui a duré jusqu’à 2011 ont beaucoup changé les mentalités. La violence, les rivalités ethniques dans un Pays qui compte plus de 70 ethnies, la soif de pouvoir des hommes politiques et les manipulations de l’opinion publique et surtout de la jeunesse, dans un sens ou dans un autre, l’absence d’une vraie réconciliation nationale, tout cela est resté profondément gravé dans l’esprit de la population et de nos jours la Côte d’Ivoire a beaucoup changé, et non dans le sens positif. Les plaies sont encore ouvertes et l’esprit n’est plus le même.

  1. Ressentez-vous l’angoisse de la page blanche?

Pas particulièrement, peut-être parce que l’écriture est seulement une partie de mes activités. Si un jour les mots ne viennent pas, ce sera un autre jour. Et si je n’ai rien à dire, il vaut mieux que je n’écrive pas et que je me taise.

  1. Une faute d’orthographe chronique?

Quand j’écris en français je me trompe tout le temps sur le genre des mots, car souvent ce qui est masculin en français est féminin en italien et vice-versa.

  1. Les qualités d’un bon écrivain?

Je pense que c’est la capacité de faire « vibrer » les lecteurs, de susciter en eux des émotions, des sentiments forts, de les rendre capables de se reconnaitre dans le protagoniste d’un roman, d’un récit, d’un poème. Comme on le dit, l’art est universel et parle un langage que tout le monde peut comprendre, tout en l’interprétant à sa guise.

  1. Écrire vous rend-il heureuse?

Oui, extrêmement heureuse. Quand je termine un livre je me sens profondément comblée, comme si j’avais fait ce que je devais faire. C’est une joie aussi de me relire et de ressentir les mêmes émotions qui m’ont amenée à écrire, ou parfois des émotions différentes liées au moment présent.

  1. Itinerari tra la terra e il cielo et L'étreinte des rimes. Qu’est-ce que ces recueils ont changé en vous?

Itinerari a été mon premier recueil de poèmes. Il m’a fait tomber sous le charme de la poésie, où chaque mot porte en lui tout un monde… Le verbe est créateur et la poésie est comme un concentré de cette puissance : elle évoque plus qu’exprimer, elle suscite des émotions, des sentiments, des états d’âme. Le verbe peut être tranchant comme une épée ou doux comme une caresse, il peut construire ou détruire.

L’étreinte des rimes a été ma première œuvre dans mes deux langues, l’italien et le français, en plus écrite en collaboration avec un poète et écrivain sénégalais qui vit en Italie. Nos chemins se sont croisés au milieu de ce voyage, de l’Italie vers l’Afrique et vice-versa. Bizarrement, nous n’avions pas dressé un plan commun de l’œuvre, mais les sujets abordés dans nos poèmes se sont révélés à la fin complémentaires, comme si nous les avions décidés auparavant. Ecrire avec un autre auteur a été une expérience magnifique, c’était un peu comme composer une mosaïque. Cheikh a beaucoup parlé d’Italie et moi d’Afrique, comme si les rôles étaient par moments inversés.

  1. Sans l'Afrique francophone, que deviendrait le français?

L’Afrique francophone a contribué et contribue énormément à la littérature en langue française. Il suffit de penser au grand Senghor (qui est mon auteur africain préféré), à Aimé Césaire, à Kourouma, à Dadié et j’en passe. Mais en plus de l’apport des grands auteurs à la langue française, j’estime qu’elle subit profondément l’influence des langues africaines. Je parle non seulement des accents différents qu’on entend et qui rendent le français, qui a déjà un charme particulier, encore plus agréable à entendre. Parfois désormais j’arrive à reconnaitre de quel Pays un africain est originaire seulement à l’entendre parler. Mais en plus, le syncrétisme (qui est une des caractéristiques des cultures africaines) entre le français et les langues locales a réussi à introduire de nouveaux mots dans le dictionnaire français. En Côte d’Ivoire, par exemple, les jeunes parlent souvent en nouchi, qui est un mélange entre le français et les langues locales. Des mots de nouchi ont été approuvés par l’Académie de France et insérés dans les nouveaux dictionnaires.

En fin de compte, je pense que la langue française sans l’Afrique francophone serait tout d’abord une langue secondaire et en plus beaucoup plus ennuyeuse.

  1. Si vous pouviez parler à l'enfant que vous étiez, que lui diriez-vous?

Apprécie-toi davantage, tu vaux plus que tu ne penses.

  1. Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous, après votre mort, l’entendre vous dire?

« Tu as été exactement ce que tu étais censée être, en bien comme en mal…, viens dans ma lumière pour te reposer un peu »

  1. Quelle est votre devise?

Force et courage ….. même si parfois tout semble aller de travers, ça veut dire qu’il y a une bonne raison pour que cela arrive !


di Michele Peretti
redazione@viverefermo.it







Questo è un articolo pubblicato il 07-05-2021 alle 13:41 sul giornale del 07 maggio 2021 - 413 letture

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